26
Nov
2011

''L’homme des vins de Pella'' de Effy Tselikas.

Il est francophone et a fait de sa passion son métier : le vin. Aujourd'hui, Thomas Ligas retrace la route des vins et se confie à Effy Tselikas.


Thomas Ligas est un fils de la terre. De cette argile macédonienne qui fait les héros. Mais lui, son combat, sa vie, son plaisir, c'est le vin. Parti faire des études de biochimie à Montpellier, il en revenu avec un passeport d'œnologue. Unissant à tout jamais la France et la Grèce, dans sa vie affective (il a épousé une française) et dans sa vie professionnelle (armé du savoir-faire français, il s'est consacré au vin grec).

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La Grèce des années 80 n'avait pas de culture du œnologique. Ou elle l'avait oubliée. Le vin titubait entre les petits producteurs sans moyens ou les grandes structures dominées par les ingénieurs agronomes, ou pire encore par les chimistes. La génération de Thomas (ils ont été plusieurs à suivre ce parcours) a accompli une véritable révolution culturelle. L'époque était mûre pour cela. La Grèce venait d'entrer dans l'Europe des douze, le niveau de vie augmentait, la culture du vin pouvait renaître. A partir de ce moment, selon ses propres mots, Thomas « s'est donné au vin »


Dans un premier temps, il travaille dans une coopérative vinicole, pour connaître cet univers, ses joies et ses démons. Puis il rachète un endroit magnifique où les vignes avaient été arrachées. Et décide de le faire renaître. Il y plante des cépages indigènes, que l'on dit venus de l'antiquité : le Roditis blanc et le Xinomavro rouge de la terre de Macédoine. Ces vignes difficiles donnent d'abord un vin médiocre. Jour après jour, il replante, il regreffe, il redose pour faire émerger le meilleur caractère de ses grappes. Et le miracle arrive : le blanc aromatique et le rouge, aux arômes de fruits et d'épices trônent désormais sur les tables d'une cuisine grecque revisitée.


Mais insatiable, l'homme de Pella poursuit ses alchimies, mariant sans cesse dans la boisson, la Grèce et la France. Pour compléter les deux cépages de base, il implante du Merlot, du Sauvignon, des vins d'Île de France. Cela donne des crus vigoureux et doux à la fois. . Puis à nouveau, il remixe le tout avec du Assyrtiko, venu de la venteuse Santorin et du Kydonitsa transplantée de la rebelle province de Mani, dans le sud du Péloponnèse. Toutes ces compositions se créent d'abord dans sa tête, puis ses premiers cobayes sont sa femme et ses copains. Même ses enfants, issus de cette union franco-grecque sont devenus des nez extraordinaires, au dire de leur père. Il faut dire qu'ils sont « tombés dans la marmite » depuis qu'ils sont petits. Belle marmite qui produit aujourd'hui un peu moins de 100 000 bouteilles par an et exporte dans toute l'Europe.


Aujourd'hui, Thomas se veut aussi un militant du vin. Ce goût du terroir qu'il a voulu développer en Grèce, c'est une façon de lutter contre la mondialisation du goût du vin. Cette philosophie qu'il a apprise en France et dont il constate, avec tristesse, que là-bas, elle se perd parfois dans les méandres du marché. Infatigable missus dominici, il a participé à créer « Les routes du vin de la Grèce du Nord ». Car il n'oublie pas que c'est à Pella, à huit kilomètre de ses vignes, qu'Euripide a écrit sa dernière tragédie « Les Bacchantes ».


Journal : BONJOUR ATHENES / février-mars 2009